You are currently viewing La répartition des tâches ménagères dans le couple : le problème est ailleurs

La répartition des tâches ménagères dans le couple : le problème est ailleurs

7 minutes de lecture

La répartition des tâches ménagères dans le couple, un sujet complexe ; d’autant plus car on le prend souvent pas du bon endroit. Je te propose un cas d’étude pour illustrer le propos :

La semaine dernière, j’ai reçu un cas très éclairant sur une question fondamentale : 

Comment on intègre la lecture des systèmes les + globalisants dans la situation d’un·e bénéficiaire (ou sa propre situation) ?

Ca va nous servir de cas d’étude aujourd’hui :

Un couple qui se bouffe la rate autour des tâches ménagères.

Classic shit hein ? 😅

Et si t’es déjà en train de te dire « ah, on va parler de dynamiques relationnelles et de patriarcat » …

Perdu ! 🙄

Tu vas voir que la lecture qui va le plus nous aider dans cette situation de répartition des tâches ménagères dans le couple, c’est le mode de production : le capitalisme

Bienvenue dans ta séance de déconditionnement hebdo 🥰

#1 : Non, ce n’est pas « juste » un problème de répartition des tâches ménagères dans le couple

Petit tour d’horizon, on est sur un couple :

  • hétéro, 8 ans de relation, deux enfants
  • Tensions récurrentes notamment sur le sujet de la répartition des tâches ménagères dans le couple
  • Tentative de consultation auprès d’une thérapeute de couple qui ne les a pas convaincu

Evidemment, l’analyse systémique nous permet de voir se dessiner plusieurs axes de travail :

  1. Une double contrainte réciproque (concept de Mony Elkaïm, je reviens pas dessus aujourd’hui)
  2. Des jeux psychologiques en pagaille (Monsieur fait le choix à répétition de la position conservatrice – classique. Madame, après s’être épuisée en Sauveur, a maintenant switché en Persécuteur – classique encore. Ce qui ne change rien à la dynamique de fond)
  3. Les constructions du monde de chacun·e qui tournent à fond les ballons et leurs héritages familiaux respectifs qui valident les loyautés familiales respectives
  4. Une relation endettée par les jeux psychologiques à répétition et le rapport de pouvoirasymétrique qui tente d’être régulé par ces jeux psychologiques

Bon, j’ai envie de dire -pour les pro de l’accompagnement qui me lisent- si déjà vous prenez tout ça en charge, c’est déjà énorme !

Mais si on s’arrête là, on passe à côté de l’éléphant au milieu de la pièce et on risque de maintenir le rapport de concurrence qui existe entre eux et qui leur pourrit la vie.

violences relation

#2 : Le problème n’est pas que le couple, c’est aussi ce qui produit le couple

Alors, on va monter en abstraction pour chercher le meilleur niveau explicatif : arrêtons nous donc sur le mode de production, aka le capitalisme.

Je ne vous apprends rien : le capitalisme ne rémunère pas le travail ménager, encore très très très largement assuré par les femmes (n’en déplaisent à certain·es, les stastistiques sont écrasantes)

Or, je ne vous apprends rien non plus : les femmes ont maintenant bien davantage accès au travail rémunéré.

Alors, nous voilà donc avec 2 boulots à faire rentrer dans une seule journée.

Donc on a une situation très simple en apparence, mais extrêmement lourde en structure :

  • Le travail rémunéré augmente
  • Le travail non rémunéré ne disparaît pas et ne se répartit pas
  • Et la vie quotidienne devient le lieu où cette contradiction doit être absorbée

#3 : Qui est le grand gagnant de cette affaire ?

C’est ici qu’il nous faut convoquer les féministes qui se sont consacrées à la question du travail ménager. Je vous aie déjà parlé de Silvia Federici ; aujourd’hui, nous allons réfléchir avec le travail de Leopoldina Fortunati.

Ce que Fortunati nous démontre, c’est que le grand gagnant de cette affaire, c’est le Capital.

Pourquoi ?

  • Car le travail rémunéré est maintenant fait par tout le monde (augmentation du taux d’exploitation pour les marxistophiles qui veulent creuser)
  • Le travail non rémunéré est toujours assuré
  • Et en prime, l’enjeu est dépolitisé en « c’est un problème d’organisation des couples »

Haha, lol.

Sans surprise, on observe donc le rapport de concurrence du Capital s’installer dans les couples :

Iels sont en concurrence l’un·e face à l’autre, 

Avec un avantage certain attribué aux hommes, puisqu’ils bénéficient de la place privilégiée dans le système de domination masculine.

C’est bien ce que nous explique Leopoldina Fortunati : 

☝️La résolution politique (pour nous autres communistes en tous cas) NE PEUT PAS ÊTRE de demander aux hommes d’ajouter 4-5h de travail non-rémunéré à leur travail rémunéré

Evidemment qu’ils résistent à ça : c’est un recul des droits conquis par la lutte ouvrière de la réduction du temps de travail

Pour nous, femmes, les choses sont différentes : tout est une avancée (ou presque)

Eux, ils peuvent perdre.

anti-capitaliste

La résolution politique ne peut qu’être deux choses : 

  1. La réduction du temps de travail pour tout le monde
  2. La rémunération du travail ménager (ou sa socialisation intégrale dans les optiques de sortie totale du système monétaire)

Alors c’est bien beau tout ça, mais en attendant que le communisme arrive ma p’tite Laura, on fait quoi ?

On laisse madame trimer à la maison seule sans monsieur au nom de la glorieuse lutte ouvrière ?

Haha,

Non 😁

#4 : Dépasser la contradiction, la finalité commune

Ce qui est fondamental dans ce genre de situations, c’est le rapport concurrentiel qu’il y a dans le couple.

👉 Tant que cette concurrence existera entre eux, elle impliquera FORCEMENT domination, soumission, répression, punition, culpabilisation, chantage affectif.

Bref, une vie de couple de m*rde.

Et même si la situation s’améliore en surface, le fond reste le même.

Notamment pour Madame qui n’a pas le rapport de pouvoir suffisant dans cette situation, on risque de la bloquer dans une situation d’hypervigilance et de méfiance constantes

☝️Pour les sortir de ce rapport de soumission réciproque, il faut les soumettre tous les deux à la même chose.

Il s’agit de travailler avec eux à identifier la finalité commune à laquelle iels se soumettent tous les deux plutôt que de se soumettre l’un·e l’autre (voir la dialectique du maître et de l’esclave d’Hegel)

Pour le dire vite : il faut créer (ou retrouver) les conditions matérielles dans lesquelles soit iels gagnent ensemble, soit iels perdent ensemble.

#5 : Pro de l’accompagnement, les 3 pièges à éviter dans ce genre de situations

1️⃣ Vous cantonner à des changements de niveau 1 (selon Perrone) : réassigner les tâches, faire des plannings, blablabla. Ca, ça marche bien sur des couples qui ont besoin de se réorganiser, pas sur des couples qui sont endettés et en concurrence.

2️⃣ Manquer de base théorique : vous le voyez bien avec ce cas, la théorie, c’est votre base secure. C’est ce qui vous permet de rapatrier pour trouver des réponses quand vous êtes face à une contradiction en séance.

Sinon, il ne vous reste que le hasard ou l’intuition pour trancher. La solidité théorique, c’est une sécurité de posture.

D’où l’importance aussi d’avoir une épistémologie précise sinon vous n’allez pas savoir où aller chercher et vous allez trouver des trucs contradictoires

3️⃣ La lecture systémique ne consiste pas à additionner de « plus petites » lectures. Dans ce cas, il ne s’agit pas de faire sa vision à elle + à lui + le couple + leurs familles + le capitalisme, etc.

Non, il s’agit de trouver le bon niveau explicatif : celui qui permet de dépasser la contradiction

Photo de couverture : Photo de Roselyn Tiradosur Unsplash

Laura Besson

Laura Besson est la fondatrice de Bien dans ta Boite où elle accompagne les entrepreneurs à transformer leur quotidien et forme les entrepreneurs de l’accompagnement. Egalement hôte du podcast « Bien dans ta Boite », elle a accompagné plus de 300 entrepreneurs en coaching & thérapie afin qu’ils se transforment, co-construisent avec les Autres et changent le Monde. Convaincue de l’approche systémique et humaniste, Laura met un point d’honneur à accompagner chaque entrepreneur dans sa singularité et sa globalité.

Laisser un commentaire