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Approche systémique ou individuelle : comment analyser une situation sans simplifier ?

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Approche systémique ou individuelle : comment analyser une situation sans simplifier ?

« Non, mais c’est systémiiiiquehein »

LA réponse -pas fausse mais pas complète- qu’on entend de + en + souvent

Que, personnellement, je préfère à la réponse « c’est ton mindset » 😂

Mais je te propose aujourd’hui qu’on voit pourquoi elle est incomplète.

Dire « c’est la faute au capitalisme/patriarcat/système validiste » c’est super

C’est déjà nommer la structure en cause ;

Mais !

1/ ça ne constitue pas une analyse

2/ si tu débats, ça peut tourner en rond longtemps (c’est la structure, non c’est les individus qui décident, non c’est la structure qui façonnent les choix, oui mais c’est l’individu qui choisit parmi ses choix ; bah oui, tout le monde a raison 😂)

Alors, vaste sujet que l’opposition individuel/systémique ;

Aujourd’hui, après que je m’en sois souvent prise (à juste titre) à la lecture individuelle,

Je m’en prends aujourd’hui à la vision structuraliste 😂

Bienvenue dans ta séance de déconditionnement hebdo 🥰

1️⃣ Nommer n’est pas expliquer

Bon, déjà, quand je dis que je m’en prends à la vision structuraliste, je fais surtout référence à l’épistémologie au sens large car on va pas se résumer l’histoire entière de structuralisme en 3 lignes.

C’est-à-dire que je veux contredire une manière de raisonner dans laquelle la structure devient l’explication première, parfois au point d’écraser complètement les individus, leurs différences et leurs possibilités d’action.

Genre

  • « Iel est comme ça parce que le patriarcat »
  • « Iel n’arrive pas à quitter son taff parce que le capitalisme l’enferme »
  • « Les relations hétéro fonctionnent comme ça parce que l’hétéronormativité »

Alors, soyons clair·es : ces phrases sont justes. Elles sont vraies.

Le patriarcat, le capitalisme, les normes sociales, le validisme, les rapports de domination et compagnie ont bien des effets massifs sur nos vies.

Evidemment !

Ils produisent des inégalités, encadrent nos possibilités et influencent nos manières de penser, de sentir et d’agir.

Ce sont bien ces structures qui façonnent qui a quel choix !

Mais !

1/ Ces phrases sont vraies mais incomplètes

2/ Et surtout, elles n’expliquent pas !

communaute bien dans ta boite

Si on te dit :

  • « C’est le capitalisme »

La question suivante devrait immédiatement être :

  • « D’accord, mais comment agit-il dans cette situation précise ? »

Par quelles conditions de travail ?

Par quel·les acteurices ?

Par quelles relations hiérarchiques ?

Par quelles contraintes économiques ?

Par quelles institutions ?

Par quelles attentes intériorisées ?

Par quelles pratiques qui se répètent au quotidien ?

Si tu ne réponds pas à ces questions, tu n’as pas encore analysé la situation.

Tu as identifié une dimension importante de celle-ci, mais tu n’as pas encore compris comment cette dimension produit concrètement ce que vit la personne.

👉 Nommer la structure, c’est une première étape. Pas le point final.

C’est comme en accompagnement :

  • Nommer ce que vit le bénéficiaire, c’est indispensable. C’est déjà beaucoup. Mais c’est pas suffisant.

C’est comme dans ton propre cheminement :

  • Comprendre, ça fait pas tout ! C’est déjà énorme et c’est une étape indispensable. Mais comprendre que tu joues au Sauveur, par exemple, ça sera pas suffisant pour ne plus le faire

2️⃣ Tu n’es pas un·e gaulois·e

Je fais référence à l’angoisse que le ciel leur tombe sur la tête 😂

Et bien là, c’est la même idée qu’on retrouve :

La structure plane au-dessus de nos têtes,

Et BAM

Elle s’abat sur nous.

👉 C’est une vision bien idéaliste des structures sociales, une vision presque magique.

Qui n’explique pas comment les structures influencent et façonnent les individus.

Comme si le capitalisme était une entité autonome qui prend des décisions et qui appuie sur un bouton « créer des burn-out à tour de bras »

Ou que le patriarcat, c’était des mâles assis autour d’une grande table de réunion qui prenait des décisions entre eux

Il y a bien un mouvement dialectique qui existe entre individus et structures ; qui existe à travers une organisation sociale du travail, des habitudes, des attentes, des normes, des relations entre les individus, des hiérarchies, des rapports de domination, etc.

Ce n’est pas le capitalisme qui envoie un mail à ton bénéficiaire à 23h pour lui dire qu’il n’est pas assez productif, disponible, flexible et souriant en même temps 😂

Mais il se matérialise à travers une entreprise, un contrat de travail, un niveau de salaire, une organisation hiérarchique, un marché de l’emploi et des besoins matériels très concrets

👉 Les structures n’agissent jamais sans passer par des situations, des institutions, des relations et des activités humaines.

Rappelle toi la phrase de Lucien Goldmann :

« Les structures ne descendent pas dans la rue »

individuel ou systémique

Attention, cela ne signifie pas que les structures n’existent pas ou qu’elles n’ont pas de pouvoir !

Cela signifie qu’il faut comprendre par quelles médiations elles deviennent réelles dans la vie des individus.

☝️ Elle se manifeste par des règles, des institutions, des pratiques et des rapports sociaux.

🔄 Elle est reproduite par des personnes et des collectifs, parfois consciemment, parfois non.

Elle peut aussi être contestée, maintenue, rétrogradée ou transformée.

Et qui parvient à faire ça ? Les individus, bien sûr !

3️⃣ Cas d’étude : « Mon travail me détruit mais je ne peux pas partir »

Imaginons un mini cas d’étude que tu pourrais très bien avoir en accompagnement (ou autour de toi, ou toi!)

  • La lecture individuelle va chercher ce qui, chez elle, l’empêche de faire un choix : la peur du changement, le manque de confiance, la difficulté à s’affirmer, la peur de décevoir ou l’habitude de se suradapter.

👉 Il y a sûrement plein de choses très importantes à comprendre de ce côté là ! Il ne faut pas évacuer ces aspects de la situation

En revanche, on voit mieux que si on ne regarde que ça, on risque de faire porter une responsabilité très forte au bénéficiaire.

  • La lecture structuraliste (chez un·e pro bien formé·e) pourrait répondre : « C’est le capitalisme qui crée des conditions de travail aliénantes et le néolibéralisme qui contracte le marché, fait monter le chômage et rend impossible de partir »

👉 Ce qui peut être parfaitement vrai 😂 (rappelle-toi du concept d’armée de réserve d’Engels d’ailleurs)

Mais qu’est-ce que cette réponse nous permet de comprendre, précisément, sur cette personne dans cette situation précise ?

Pas (encore) grand-chose 🙃

On ne sait pas si elle élève seule ses enfants, si elle dépend de ce salaire pour payer son logement, si elle a déjà connu le chômage, si elle peut retrouver facilement un emploi, si elle est soutenue par ses collègues ou si elle se trouve complètement isolée, etc.

On ne sait pas non plus ce qui se passe concrètement dans son entreprise, ce qu’elle a déjà tenté de négocier, ce qu’elle imagine risquer si elle part et ce qu’elle a appris à considérer comme une situation normale ou acceptable, etc.

kit réponses pro de l'accompagnement

Une analyse plus complète va donc chercher à tenir ensemble plusieurs dimensions :

  • Les conditions matérielles dans lesquelles elle vit
  • Les relations professionnelles et familiales qui structurent la situation (et leurs historiques et leurs dynamiques)
  • Les normes et les attentes auxquelles elle est confrontée
  • Son histoire et la manière dont elle interprète ce qu’elle vit (constructions du monde, narratif, etc)
  • Les ressources dont elle dispose (matérielles, humaines, psychologiques, niveaux d’informations, etc)
  • Ses marges de manœuvre réelles
  • Le sens de la transformation possible et les axes de dépassement possibles
  • Les possibilités d’action individuelle ET collective

On essaie de comprendre dans quelles conditions cette personne doit faire un choix, quels sont les choix disponibles, à quelles conditions le sont-ils, quels sont les choix pas possibles aujourd’hui mais qui pourraient l’être demain et qu’est-ce qui peut les faire advenir.

4️⃣ Ce que ça change dans ta pratique

Quand tu identifies une structure sociale à l’œuvre,

Tu dois ensuite te demander comment elle se manifeste concrètement dans la vie de ton bénéficiaire (ou dans ta vie)

Surtout que, la plupart du temps, il n’y en a pas qu’une qui agit 😬

En pratique, ça donne des questions comme :

  • Quelles relations la rendent concrète
  • Quelles institutions la soutiennent
  • Quelles pratiques la reproduisent
  • Quels effets elle produit sur les personnes concernée

Ensuite, comment le bénéficiaire l’investit dans sa subjectivité

En français, ça veut dire : ça crée quoi chez lui/elle ?

De la honte ? De l’illégitimité ? etc.

👉 Et puis, avec quoi ça entre en contradiction ?

  • Qu’est-ce qui ne tient plus dans la situation ?
  • Qu’est-ce que la personne essaie déjà de transformer ?
  • De quelles ressources dispose-t-elle ?
  • Sur qui peut-elle s’appuyer ?
  • Quelles coopérations seraient nécessaires ?
  • Qu’est-ce qui pourrait évoluer individuellement, relationnellement ou collectivement ?

La pensée dialectique nous permet de comprendre que les individus ne partent jamais de zéro mais qu’ils ne sont pas non plus entièrement déterminé·es par ce qui les précède.

Elle nous invite à penser le réel comme un mouvement :

Les sujets transforment le monde qui les transforme


Pour aller un peu plus loin :

  • L’atelier de Septembre parle de ça ! Il sera le 22 septembre : « Au-delà de l’individu : sortir de l’opposition individu / système » (dernier atelier avant plusieurs mois car après je pars en congé mat)
  • L’objectif est de mieux comprendre ce qui se joue entre les trajectoires individuelles, les relations, les structures sociales et les contextes dans lesquels les personnes évoluent.

>> Participer à l’atelier 💛 (live ET replay)

Pour aller encore plus loin :

  • Si tu sens que ce n’est pas seulement cette question qui t’intéresse, mais que tu aimerais apprendre à penser autrement, la Boîte à Outils d’Esprit Critique (Formation niveau 0) démarre sa prochaine promo lundi prochain !
  • Pendant un mois, on construit les fondations intellectuelles qui permettent de ne plus se faire balader par les discours à la mode, d’affiner son discernement et de solidifier sa posture 🫶

>> Découvrir la formation (pas besoin d’appel découverte si on se connait déjà)

A très vite,

Laura

Photo de couverture : Photo de GuerrillaBuzzsur Unsplash

Laura Besson

Laura Besson est la fondatrice de Bien dans ta Boite où elle accompagne les entrepreneurs à transformer leur quotidien et forme les entrepreneurs de l’accompagnement. Egalement hôte du podcast « Bien dans ta Boite », elle a accompagné plus de 300 entrepreneurs en coaching & thérapie afin qu’ils se transforment, co-construisent avec les Autres et changent le Monde. Convaincue de l’approche systémique et humaniste, Laura met un point d’honneur à accompagner chaque entrepreneur dans sa singularité et sa globalité.

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