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C’est individuel ou systémique ?

9 minutes de lecture

Aaaaah, LA question qu’on me pose tout-le-temps en formation, en interview, etc : c’est individuel ou systémique ?

Est-ce que la cause de.ce que mon bénéficiaire vit (ou ce que je vis) est une cause individuelle ? A aller trouver dans l’histoire de vie du bénéficiaire, sa personnalité, etc

Ou est-ce qu’elle est systémique ? Et vient de sa culture, de la société dans laquelle il a grandi, de l’école, etc.

👉 Ce qu’il faut comprendre, c’est que la question est intéressante mais … elle est très mal posée 😅

Et c’est pour ça que tu ne trouves pas de réponse convaincante.

Ca vaut pour tout un tas d’autres questions ; pour toutes celles qui sont posées en binarité.

Aujourd’hui, on va prendre l’exemple de « individu vs systémique » pour comprendre comment raisonner autrement sur ce genre de sujets va emmener d’autres réponses et donc, d’autres prises en charge.

Bienvenue dans ta séance de déconditionnement hebdo 🥰

1️⃣ Le problème, c’est opposer individu et système comme s’ils étaient deux choses séparées

Déjà, commençons par le commencement : Pourquoi cette question revient-elle autant ?

Parce que nous évoluons dans une société plutôt (très) dualiste

Nous avons l’habitude de penser les choses en binarité et en opposition duelle

⭢ D’un côté, il y aurait l’individu : ses émotions, son histoire, ses blessures, ses croyances et compagnie

⭢ Et de l’autre, il y aurait les structures : la famille, la culture, l’école, l’économie, les injonctions sociales, etc.

Et nous arrivons donc souvent à deux grandes lectures philosophies :

  • Soit t’es plutôt libéral·e, plutôt individualiste, plutôt existentialiste : l’individu est premier, on est 100% responsable de ses choix (et on a toujours le choix), quand on veut-on peut, etc;
  • Soit t’es plutôt structuraliste, plutôt déterministe : les structures sont premières, elles déterminent les individus qui la composent, etc.

Ces deux visions peuvent te paraître totalement opposées,

Mais elles ont le point commun d’être dualiste.

Et surtout, on voit bien les limites de ces deux lectures.

communaute bien dans ta boite

J’ai souvent pris la peine d’attaquer la première dont on voit bien toutes les limites : il faut être sacrément privilégié·e dans la vie pour avoir la structure mentale que l’individu peut tout, tout seul 😅

(Même s’ils ont souvent du vrai dans l’erreur, j’en ai parlé dans cet article)

Ceci dit, la vision structuraliste est, elle aussi, une impasse. Elle ne peut pas expliquer les différences individuelles, elle est bien embêtée quand il s’agit d’expliquer pourquoi 2 individus de la même structure font des choix différents, etc.

Comme le disait Lucien Goldmann : 

« Les structures ne descendent pas dans la rue »

C’est là qu’il nous faut notre ami Hegel pour comprendre ce qu’il se joue

(Siiiii Hegel est un ami, je vais vous apprendre à l’aimer 😂)

C’est l’heure du cours de dialectique 👀

👉 Les choses ne se comprennent pas comme des objets isolés ayant des propriétés propres mais dans leurs relations.

Une chose devient ce qu’elle est dans un rapport avec autre chose.

La pensée dialectique nous invite plutôt à comprendre que

👉 Le sujet transforme le monde qui le transforme.

En clair : les deux mouvements existent en même temps

Et c’est précisément ce mouvement qu’on perd quand on pose la question « individuel ou systémique ? »

2️⃣ Nos expériences personnelles sont toujours des expériences socialement produites

Si tu connais bien mon travail, tu dois me voir arriver avec mes gros sabots 😂

Dialectique, transformation, agir sur le monde …

Marx 🥳

Oui car notre ami Karl (siiii, Karl est un ami aussi) est un dialecticien matérialiste (à l’inverse d’Hegel qui est idéaliste) et il va nous permettre de « remettre la dialectique sur ses pieds » comme il disait pour comprendre d’où ça sort, tout ça. 

Et il nous montre que nos conditions matérielles d’existence ne sont pas juste un décor dans lequel on évolue et qui autorise ou interdit des choses ;

Ces conditions matérielles d’existence produisent nos manières de penser, de sentir et d’agir : on ne pense pas depuis nulle part.

On pense depuis une position sociale, depuis une période historique, depuis un mode de production, etc.

Ce qui veut dire que même quelque chose qui semble extrêmement intime – une peur, une honte, un sentiment d’illégitimité – peut et doit être compris comme un phénomène à la fois subjectif ET social. En même temps.

épistémologie d'accompagnement

Marx nous permet de comprendre que, au final, il n’y a que des individus (tu te rappelles, le vrai dans l’erreur ;))

Mais que, ni les sujets individuels, ni les structures, ne nous permettent de comprendre ce qui (se) transforment ;

Ce sont les sujets collectifs, les collectifs agissant, qui sont les protagonistes de cette médiation.

Je te prends un exemple concret au cas où tu te dises « heiiiiiin » 😂

  • Dire « cet homme est violent parce qu’il a choisi de l’être, tous les hommes ne sont pas comme ça » ⭢ vision individualiste qui évacue complètement le phénomène systémique de la violence et de la domination masculine
  • Mais dire « les hommes sont violents parce que c’est le patriarcat qui les rend comme ça » ⭢ C’est pas faux mais franchement, ça n’explique pas grand chose … Soyons honnêtes, qu’as-tu expliqué quand tu as dit ça ? Rien. Tu as évoqué l’idée d’une structure (dont l’appellation est discutable aujourd’hui mais c’est pas notre sujet du jour), qui n’est pas vraiment définie en l’état et qui serait au-dessus de notre tête et qui s’abat sur nous sans que nous n’y puissions rien. Alors, comment est-ce possible que ce patriarcat change de forme ?

⭢ C’est le sujet collectif « Hommes » qui permet de faire la médiation : c’est le collectif « Hommes » agissant, coopérant (comme on l’a vu à Mazan) qui permet de comprendre comment les structures mentales (et donc psychologiques) se créent, et ensuite agissent.

C’est bien les conditions matérielles dans lesquelles nous évoluons, les coopérations, les interdictions, les choix ; qui créent des structures mentales, qui agissent sur le monde, le transforment, modifiant ainsi les sujets collectifs et donc les structures mentales des individus protagonistes. Qui eux-mêmes se repositionnent en fonction, font de nouveaux choix, transforment leur monde, etc.

3️⃣ C’est la dialectique qui nous sauvera toustes (grâce à Hegel 🫶)

Donc si on résume où on en est :

  • La lecture individualiste a raison sur un point : il n’existe pas de structure abstraite qui flotterait au-dessus de nos têtes et qui produirait mécaniquement des comportements
  • Il n’existe que des individus concrets, qui vivent, pensent, choisissent, coopèrent, résistent, reproduisent et transforment leur monde.

Mais ! Cette lecture est insuffisante car elle oublie que ces individus ne partent jamais de zéro.

Ils héritent toujours d’un monde déjà-là (catégories de pensée, normes, institutions, rapports sociaux, …)

  • Inversement, la lecture structuraliste a raison sur un autre point : nos manières d’être au monde ne tombent pas du ciel. Nous sommes traversé·es par une histoire sociale ; nous sommes produit·es par des conditions d’existence qui nous précèdent.

Mais ! Elle est insuffisante car elle imagine les structures comme des forces extérieures qui détermineraient mécaniquement les individus.

⭢ Si les structures produisent les individus de manière automatique, alors qui transforme les structures ?

⭢ Comment expliquer les mouvements sociaux ?

⭢ Comment expliquer les ruptures historiques ?

⭢ Comment expliquer qu’une société puisse produire des individus capables de remettre en question les conditions mêmes qui les ont produits ?

Et c’est précisément là que la dialectique hégélienne nous sauvera toustes 😂

Parce que la dialectique n’est pas une manière de choisir entre deux positions opposées : elle est une manière de comprendre comment une contradiction produit un mouvement.

Chez Hegel, le dépassement dialectique fonctionne avec trois mouvements :

  • La négation
  • La conservation
  • Le dépassement

Tu constateras que c’est selon ce « modèle » qu’est pensé ​le parcours pédagogique de formation de Bien dans ta Boite​ et chaque formation elle-même (négation d’une partie de l’existant – c’est l’erreur ; conservation – c’est le vrai dans l’erreur ; dépassement – dépasser les contradictions pour accéder au niveau de conscience supérieur)

C’est une démonstration que j’ai pu te faire régulièrement en newsletter ou en podcast sur des sujets de couple par exemple : les sortir de la soumission/domination réciproques pour chercher la soumission des deux à une finalité commune qui les dépasse. 

👉 Si tu retiens une seule chose de cette newsletter, retiens celle-là :

Les mauvaises questions donnent de mauvaises réponses 

Tant que tu cherches à savoir si un phénomène est individuel ou systémique, tu passes à côté de ce qui produit réellement le mouvement.

La pensée dialectique nous demande de comprendre comment le réel se transforme.

C’est une pensée du mouvement et non une pensée du « OU »

Et ça, que tu sois thérapeute, coach, formateur·ice, manager ou simplement que tu essayes de comprendre le monde, ça change absolument tout !


Pour aller un peu plus loin : 

  • L’atelier de Septembre parle de ça ! Il sera le 22 septembre : « ​Au-delà de l’individu : sortir de l’opposition individu / système​ » (dernier atelier avant plusieurs mois car après je pars en congé mat)
  • On y verra les bases de la pensée dialectique (Hegel, Marx, Lucien Sève)
  • Et surtout comment cette grille de lecture transforme concrètement notre manière d’accompagner

​>> Participer à l’atelier 💛​ (live ET replay)

Pour aller encore plus loin : 

  • Si tu sens que ce n’est pas seulement cette question qui t’intéresse, mais que tu aimerais apprendre à penser autrement, la ​Boîte à Outils d’Esprit Critique (Formation niveau 0)​ ouvre sa prochaine promo en septembre !
  • Pendant un mois, on construit les fondations intellectuelles qui permettent de ne plus se faire balader par les discours à la mode, d’affiner son discernement et de solidifier sa posture 🫶

​>> Découvrir la formation​ (pas besoin d’appel découverte si on se connait déjà)

A très vite, 

Laura

Photo de couverture : Photo de RODRIGO GONZALEZ sur Unsplash

Laura Besson

Laura Besson est la fondatrice de Bien dans ta Boite où elle accompagne les entrepreneurs à transformer leur quotidien et forme les entrepreneurs de l’accompagnement. Egalement hôte du podcast « Bien dans ta Boite », elle a accompagné plus de 300 entrepreneurs en coaching & thérapie afin qu’ils se transforment, co-construisent avec les Autres et changent le Monde. Convaincue de l’approche systémique et humaniste, Laura met un point d’honneur à accompagner chaque entrepreneur dans sa singularité et sa globalité.

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