Quand on parle anti-capitalisme, on passe souvent pour des fous 🥲 Soit pour de dangereux extrémistes, soit pour des utopiques. Et alors, anti-capitaliste et entrepreneur, on a toujours le droit au fameux « ah ouais ? t’es entrepreneur·e et t’es contre le capitalisme ? »
Bah oui Jean-Michel, bravo, tu viens de découvrir ce qu’est une super-structure 🙃
Jean-Michel vient de découvrir que les féministes vivent dans le patriarcat ;
Que les écolos polluent eux aussi ;
Et que les anti-capitalistes doivent aussi gagner leur croûte.
Mais je te propose qu’on aille un peu plus loin dans l’analyse que ce que nous propose Jean-Mich’ 😂 (qui n’a pas beaucoup fait avancer la réflexion avec son commentaire avec lequel il pense t’avoir déstabilisé et percé à jour 😅 Comme si tu l’avais pas déjà entendu 1000 fois)
Si tu veux l’écouter en podcast, c’est ici :
1️⃣ C’est quoi le capitalisme ?
Bon, commençons par le commencement : c’est quoi le capitalisme ?
👉 C’est un système économique et social basé sur l’accumulation du capital et l’exploitation de la force de travail.
Il repose sur plusieurs piliers :
- La propriété privée des moyens de production (c’est le point le plus important à piger pour comprendre les intrications qui en découlent)
- L’extorsion de la plus-value, c’est-à-dire la captation de la valeur créée par les travailleur·euses au bénéfice des possédant·es pour pouvoir tirer des marges
- La concurrence et l’accumulation
Donc, c’est simple :
- Soit on possède les moyens de production et on en retire du profit (côté capitalistes)
- Soit on vend sa force de travail pour survivre (côté prolétaires)
👉 Avoir une vision matérialiste permet de ne pas tomber dans une lecture morale de ce système.
Nous ne sommes pas là, en train de discuter de savoir si c’est bien ou mal.
La question c’est : quelles sont les conséquences et est-ce qu’elles nous conviennent ?
- Le capitalisme produit des inégalités (qui sont de plus en plus grandes)
- Une sur-exploitation des ressources (humaines et planétaires)
- Les crises sont inhérentes à ce système
- (NB : J’entends souvent que le capitalisme vit une crise en ce moment et que ça en signe la fin. Alors désolé de plomber le moral de tout le monde, mais pas du tout 😬 Le capitalisme crée des crises en boucle (crises de sur-production ou de sous-production). La crise est normalisatrice du système, elle n’en signe pas du tout la fin)
Je pourrais dire d’autres choses mais on va essayer de faire succinct sinon j’en ai pour 4h 😅
L’extrême richesse provient aujourd’hui en effet principalement de l’héritage, de situations de monopoles et de liens de connivence. Pour la première fois, en 2024, les personnes qui sont devenues milliardaires sont plus nombreuses à devoir ce statut à des héritages qu’à leur entreprenariat.

2️⃣ Bon, alors, les entrepreneur·es là-dedans ?
👉 Déjà, il faut bien avoir en tête qu’entrepreneur·e, ça ne désigne pas une classe sociale ou une condition sociale.
Entre le·a travailleur·se indépendant·e et le·a dirigeant·e du CAC40, il y a un monde !
Les indé ont une place particulière dans ce système :
- Il/Elle possède son outil de travail (son ordinateur, ses machines, son savoir-faire) et pense donc échapper à l’exploitation
- Mais ne vit que de la vente de sa force de travail. En français ? T’arrêtes de bosser, t’arrêtes de gagner des sous. Tout simplement.
💬 « Oui mais le grand patronat aussi »
Alors toujours raté Jean-Michel : le grand patronat tire ses revenus de l’accumulation du capital et de l’exploitation des travailleur·euses.
👉 90% de la richesse du pays est produite par les travailleur·ses (salarié·es et indépendant·es). C’est vous qui produisez la richesse.
En 2024, la richesse des milliardaires a connu une hausse trois fois plus rapide qu’en 2023. Leur fortune totale a augmenté de 2000 milliards de dollars.
Le capitalisme a intégré cette catégorie en développant des formes de précarisations spécifiques :
- L’illusion du choix : l’indépendant·e est « libre » mais souvent dépendant·e d’un marché ultra-concurrentiel, soumis·e aux plateformes et aux client·es.
- L’auto-exploitation : sans horaires fixes ni filet de sécurité, l’indépendant·e vit avec un stress économique permanent.
- L’isolement structurel : sans syndicat de poids ni protections collectives, les travailleur·euses indépendant·es négocient individuellement avec des acteurs bien plus puissants qu’eux (clients, entreprises, plateformes numériques)
Gardez bien ça en tête : une des grands forces du capitalisme, c’est de digérer ses opposants (et l’impérialisme 😇). Par exemple, quand le féminisme hégémonique était le féminisme radical -donc un féminisme anti-capitaliste- qui lutte contre l’exploitation et la soumission financière des femmes, le capitalisme en fait son affaire ! Il prend le slogan « Le féminisme sans lutte des classes, c’est du dev perso! » et il t’en imprime des tee-shirts vendus à 35 balles 🙃
Les 1% les plus riches du Nord ont, en 2023, ponctionné 30 millions de dollars par heure aux pays du Sud.

3️⃣ Alors, comment entreprendre et être anti-capitaliste ?
Si, en effet, on est bien obligé·e de faire avec les règles du jeu capitalistes (on va pas se laisser crever de faim, ne soyons pas idéalistes 😅), on n’est pas obligé, en revanche, d’adhérer à ces principes.
Et l’entrepreneuriat regorge de solutions alternatives 🥳
1️⃣ La plus connue d’entre elles étant le fonctionnement des coopératives ou encore de l’économie sociale et solidaire (propriété collective des moyens de productions, prises de décisions démocratiques)
2️⃣ Tou·tes les indépendant·es qui favorisent la mutualisation et la solidarité (développer des réseaux d’entraide, partager les ressources, donner accès à de la connaissance/formation/outils, etc)
3️⃣ De grands économistes proposent des modèles anti-capitalistes (hors communisme). Pour en citer quelques-uns : la coordination négociée, l’économie participaliste, la planification informatique centralisée, etc. Tu peux lire ce livre si tu veux creuser.
➡️ Être anti-capitaliste et entrepreneur·se, ce n’est pas un paradoxe, c’est une posture politique.
Cela signifie reconnaître que l’on évolue dans un système qui nous dépasse, en comprendre les rouages, et chercher des alternatives viables, collectives et solidaires.
Pour conclure : se revendiquer anti-capitaliste en tant qu’entrepreneur·se, ce n’est pas prétendre être en dehors du système, mais refuser d’en accepter aveuglément les règles.
👉 La question n’est donc pas « peut-on être anti-capitaliste et entrepreneur·euse ? », mais plutôt « comment lutter contre le capitalisme en étant entrepreneur·euse ? ».
Bon cheminement,
Laura
