Tu galères ? Ton activité stagne ? Tes revenus sont en chute libre ? Tu te demandes pourquoi c’est la merde en ce moment pour les indépendants ?
Tu te dis que c’est peut-être toi le problème. Que tu n’as pas assez bossé ton « mindset », pas assez bossé ta stratégie marketing, pas assez optimisé ton tunnel de vente… 🤯
Mais et si ce n’était pas toi ?
Et si c’était juste que le capitalisme est en train de te broyer, exactement comme il l’a fait avec les canuts lyonnais il y a 200 ans ?
« Mais qu’est-ce qu’elle raconte encore la dame ? » 😂
Bienvenue dans ta séance de déconditionnement hebdo 😌
1️⃣ Les indépendant·es d’aujourd’hui = les canuts d’hier
Petite leçon d’histoire matérialiste :
Les canuts lyonnais, c’étaient des tisserands « indépendants » du 19ème siècle. Sur le papier, iels étaient libres : iels possédaient leurs métiers à tisser, travaillaient à domicile, choisissaient leurs horaires.
Mais en réalité ?
- Iels dépendaient entièrement des négociants pour les commandes
- Iels n’avaient aucun contrôle sur les prix (toujours tirés vers le bas)
- Et étaient en concurrence permanent·es entre elleux
- Quand le marché se durcissait, iels étaient les premier·es à trinquer
Ça te rappelle quelque chose ? 🤔
Aujourd’hui, tu es « indépendant·e » mais :
- Tu dépends des plateformes (Instagram, LinkedIn, etc.) pour ta visibilité
- En subissant des algorithmes qui décident qui voit ton contenu
- Tu es en concurrence avec des milliers d’autres qui font « la même chose »
- Avec aucun contrôle sur les conditions du marché
Tu n’es pas libre, tu es juste un·e travailleur·se précaire déguisé·e.
2️⃣ 2019-2020 : L’illusion de la démocratisation
Rappelle-toi : vers 2019-2020, on nous a vendu le rêve :
« Deviens coach/consultante/formatrice en ligne ! Il suffit d’un ordinateur et d’une connexion internet ! Le marché de l’accompagnement explose ! »
Et c’était vrai… en partie.
👉 Le marché s’ouvrait, les barrières à l’entrée étaient faibles. Toi, moi, on a tous·tes foncé tête baissée. Investissement minimal, potentiel maximal. Le rêve, non ? 🥳
Sauf que…
On a fait exactement ce que Marx décrit dans Le Capital : on a libéré un nouveau marché pour le capital.
Pendant qu’on se battait pour nos premières ventes à 47€, les gros acteurs observaient, analysaient, structuraient.
3️⃣ Quand les gros mangent les petit·es
C’est la loi du capitalisme :
- Phase 1 : Les petit·es ouvrent le marché (c’est nous, les pionnièr·es à 2000€/mois – au mieux!)
- Phase 2 : Le marché se complexifie, les coûts augmentent (pub Facebook qui explose, concurrence qui s’intensifie)
- Seuls les gros survivent (ceux qui ont les moyens de payer 50k€/mois en ads)
- Et enfin, phase 4 : Les gros rachètent les petit·es ou les écrasent
Résultat ?
Tu te retrouves à devoir :
- Payer de plus en plus cher pour être visible
- Produire de plus en plus de contenus pour le même résultat
- Accepter des prix de plus en plus bas pour rester compétitif·ve
- Travailler de plus en plus pour gagner de moins en moins
Ce n’est pas un hasard. C’est un mécanisme systémique 🙃

4️⃣ La contradiction matérielle de ton activité
Marx parlerait de contradiction dialectique :
D’un côté, tu veux créer une activité qui te respecte :
- Revenus décents
- Rythme soutenable
- Valeurs alignées
- Impact positif
❌ De l’autre, tu évolues dans un système qui :
- Privilégie le profit à court terme
- Favorise la concurrence plutôt que la coopération
- Récompense l’exploitation (de soi et des autres)
- Concentre les richesses vers le haut
Tu ne peux pas résoudre cette contradiction individuellement.
Parce que le problème n’est pas individuel. Il est systémique.
Ce que tu vis, c’est ce que vivent des milliers d’indépendant·es en ce moment :
- Baisse drastique des revenus
- Épuisement mental et physique
- Perte de sens et de motivation
- Isolement et culpabilité
Ce n’est pas de ta faute.
Tu fais face aux mêmes forces économiques que les canuts lyonnais. La différence ? Eux avaient compris qu’iels étaient en lutte. Iels se sont organisé·es. Iels ont fait grève. Et iels ont résisté.
Et toi ?
5️⃣ Et maintenant ? Que faire ?
Je ne vais pas te mentir : il n’y a pas de solution magique individuelle.
Mais les canuts lyonnais nous ont montré la voie.
(Toutes proportions gardées car nous ne faisons pas tous·tes le même métier, pas tous·tes dans la même ville, etc)
Face à l’exploitation, iels ont développé des stratégies de résistance collective. Et nous, on peut s’en inspirer :
Phase 1 : Prise de conscience collective
- Arrêter de se culpabiliser à outrance → Se tourner vers l’action
- Nommer l’ennemi → Comprendre les mécanismes d’exploitation
- Partager nos galères → Briser l’isolement, créer de la solidarité
Les canuts ont commencé par se reconnaître comme une classe exploitée, pas comme des « entrepreneurs individuels »
Phase 2 : Organisation collective
- Se connecter aux autres → Créer des réseaux de solidarité
- Mutualiser nos ressources → Partager contacts, infos, opportunités
- Développer l’entraide → Soutien financier, émotionnel, technique
Les canuts avaient leurs sociétés de secours mutuel et leurs réseaux de solidarité
Phase 3 : Résistance active
- Refuser les tarifs de misère → Fixer des prix planchers collectifs (idéalement)
- Solidarité avec les confrères·soeurs → Ne te réjouis pas quand tu en vois un·e ramasser, ça sera ton tour dans pas longtemps 🙃
- Créer nos propres circuits → Réseaux indépendants, coopératives
Les canuts ont fait grève, ont fixé des tarifs communs, ont refusé le dumping
Phase 4 : Construire des alternatives
- Développer l’économie sociale et solidaire → Coopératives, mutuelles
- Créer des outils communs → Plateformes alternatives, ressources partagées
- Former la relève → Transmission des savoirs hors logiques marchandes
Les canuts ont créé leurs propres structures économiques et sociales
Ton business qui galère, ce n’est pas un échec personnel.
C’est un symptôme d’un système en crise.
Alors, on examine, on s’organise, et on résiste.
Ensemble.
Bon cheminement,
Laura
Photo de couverture : Photo de Rodeo Project Management Software sur Unsplash

