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Pas de limites = Pas de sécurité

9 minutes de lecture

Quand on parle de cadre, que ce soit chez les pro de l’accompagnement ou dans la vie personnelle, ça évoque souvent la rigiditél’autorité, la froideur, etc.

C’est une erreur.

Le cadre nous parle des fondations et des limites ; qui sont in-dis-pen-sables à la sécurité relationnelle (quelle soit d’accompagnement ou personnelle)

Le cadre n’est pas un dispositif de contrôle mais une structure de différenciation.

Il définit :

  • le dedans et le dehors
  • ce qui relève de la fonction et ce qui n’en relève pas
  • ce qui est travaillé et ce qui ne l’est pas
  • ce qui est possible et ce qui ne l’est pas
  • ce qui est doit être dit/su ou non ; etc

Autrement dit : le cadre trace des limites opératoires.

Sans limites, il n’y a pas de protection. Sans protection, il n’y a pas de sécurité.

Et ça, c’est TRES dangereux. Dans la relation d’accompagnement comme dans toutes les relations, pas de cadre, pas de limites. Pas de limites, gros bazar en vue

(Pas de bras, pas de chocolat)

Bienvenue dans ta séance de déconditionnement hebdo 🥰


1️⃣ Les limites ne sont pas morales mais structurelles

Être au clair dans une relation entre ce qu’on accepte et ce qu’on refuse, c’est le minimum syndical. Et pourtant, c’est pas toujours simple 😶‍🌫️

C’est le minimum syndical car quand on a défini ça, on est loiiiiiin d’avoir défini toutes les limites. Mais c’est déjà un bon début car poser des limites à ces endroits là ;

👉 C’est poser des frontières, et donc des différenciations (dedans/dehors, ok/pas ok, respect/irrespect, dit/pas dit, accompagné/pas accompagné, etc)

Toute relation a besoin de frontières claires pour exister.

Sans frontière, les territoires fusionnent, se confondent, se brouillent, s’entremêlent et après, on ne peut plus voir clair.

Et c’est évidemment la porte ouverte à toutes sortes d’abus, volontaires ou non, car plus personne ne sait ce qui est possible et acceptable

NB : Je rappelle que les limites, on se les pose à soi. Les autres n’ont pas l’obligation de respecter vos limites. C’est vous qui devez les respecter et faire des choix en fonction. Les autres doivent respecter les règles qui ont été définies dans le cadre relationnel ; hormis les atteintes à vos intégrités bien sûr, car ce sont des règles morales et surtout, légales. Si aucune règle n’est convenue ensemble + que les limites ne sont pas claires et donc pas respectées, qu’elles n’entraînent aucune conséquence, il est évident que les choses vont mal se passer. Reprenons ;

👉 Dans l’accompagnement, l’absence de limites produit :

  • Une confusion des rôles et l’impossibilité de définir des places claires
  • Une dilution de la fonction professionnelle évidemment avec tout ce qu’elle implique comme l’impossibilité de mettre tout le monde en sécurité, ce qui est le B-A-BA de l’accompagnement
  • Une instabilité relationnelle, etc.

La limite dit :

  • Je suis accompagnant·e / Tu es bénéficiaire
  • Notre lien est structuré par une fonction
  • Ce lien n’est ni amical, ni familial, ni fusionnel, ni rigide

Il n’y a qu’un cadre solide qui permette de naviguer dans une chaleur humaine qui ne devient jamais fusionnel, d’emmener de la fermeté sans être froid ou violent, d’être empathique sans basculer dans la sympathie.

Bref, les limites différencient et les limites contiennent. Elles ne contraignent pas, elles sont la condition sine qua none pour que quelque chose puisse exister, à sa juste place.


2️⃣ Des limites floues, c’est une relation insécure, forcément

On l’a vu, pas de cadre, des limites floues, etc : ça ne définit pas l’espace.

Donc évidemment, on va voir des glissements d’un espace à l’autre et parfois, ça fait des dégâts !

💬 Je fais une mini digression deux secondes des pro de l’accompagnement pour parler des couples. 99% des couples que j’ai reçu en accompagnement viennent avec ce type de problème : règles pas communes, pas discutées, pas consenties par les deux. C’est-à-dire qu’elles sont parfois discutées mais elles sont (en partie ou totalement) imposées à l’autre par divers mécanismes de violences (culpabilisation, marchandage, chantage, agressivité, jeux psychologiques, violences explicites, etc).

En prime, les règles ne vont pas au bout de la démarche : on a défini une règle pour les tâches ménagères et une règle pour la gestion de l’argent. C’est très bien mais ça ne parle pas de la dynamique relationnelle de fond : qu’est-ce qui doit être dit dans ce couple ? Qu’est-ce qui doit être su ? Qu’est-ce qui relève de l’intime ? Qu’est-ce qui est considéré comme de l’irrespect ? Comme de l’adultère ?

Si tu lis ça en te disant « baaah c’est évident quand même », je t’invite à discuter avec taon partenaire 😂 Car j’ai reçu assez de couples en désaccord précisément parce qu’iels n’avaient pas la même vision de ce qui était évident et de ce qui devait être dit.

👉 Reprenons sur les pros de l’accompagnement :

C’est quoi les bascules typiques des limites floues ou inexistantes ? (liste non exhaustive hein)

1️⃣ Bascule de l’empathie vers la sympathie

L’empathie est une compétence professionnelle (dans ce cas) et suppose une différenciation claire. La sympathie, elle, est une implication affective. Elle intervient quand je me sens impliqué·e dans le vécu de l’autre.

2️⃣ Mouvements de séduction

Ici, on ne parle pas forcément (mais ça peut) de séduction au sens amoureux ou sexuel. 

On parle du besoin d’être reconnu·e, validé·e, aimé·e par le bénéficiaire. De lui plaire. Et/ou que le bénéficiaire manifeste ce genre de mouvements envers nous.

Alors làààà, évidemment c’est la tambouille ! Volonté de plaire, évitement de la frustration et de la confrontation, ramollir les limites, sortir du cadre, voire carrément de la déontologie.

En prime, quand on exerce à son compte, il faut bien l’avoir en tête car exercer sur un marché concurrentiel, c’est exercer avec un besoin important de fidélisation qui repose en partie sur l’affect.

3️⃣ Aucune maîtrise du contre-transfert et des résonances

Encore une fois, sans limites claires et donc sans cadre clair :

  • Les effets de résonance s’amplifient
  • Les identifications se multiplient
  • Les projections circulent sans régulation

Le contre-transfert ou les résonances ne sont pas un problème en soi. Ils doivent nous servir d’outils de travail.

Mais sans savoir le faire et/ou sans structure contenante, ça va mettre tout le monde dans le pétrin voire en danger : 

  • Le bénéficiaire
  • L’accompagnant·e
  • Et la relation

3️⃣ Le cadre est le support de la fonction contenante de l’accompagnant·e

Le cadre et ses limites c’est donc le B-A-BA de la sécurité et donc, de la protection.

Quand je vous casse les pieds à propos du cadre, notamment quand je vous parle de ​la formation Posture​, c’est parce que ça protège tout le monde !

👉 Ca protège le bénéficiaire :

Parce qu’il sait :

  • où il est et où il va
  • ce qui va se passer
  • jusqu’où on va, ce qu’on accompagne ou non
  • ce qui sera fait/ne sera pas fait
  • Ce qui est ok ou non

Bref, il sait où il fout les pieds et la prévisibilité, ça sécurise. Pensez à créer un sentiment de familiarité(pas au sens copains-copains, au sens des rituels)

👉 Ca protège l’accompagnant·e

Parce qu’iel n’a pas à renégocier :

  • ses tarifs
  • ses horaires/durée de séance
  • ses modalités de pratique, d’inter-séance, etc
  • sa place
  • avec lui/elle-même l’anxiété constante, les doutes constants, etc

Moins de renégociations = moins de fatigue = moins de flou = moins de problèmes

👉 Ca protège la relation

Parce que le cadre réduit l’implicite.

Et réduit donc les malentendus, les frustrations, les non-dits, les jeux psychologiques, etc.

Il va permet de rendre explicite une partie des transmissions non-conscientes, ce qui contribue -en partie- à assurer la fonction contenante.

👉 Si vous n’avez qu’à proposer de l’écoute, de la sympathie, de la compassion et pas de cadre externe/interne, pas de contenance, pas de technique d’entretien, et j’en passe

Baaaaah…

Déso pas déso mais ne vendez pas des services d’accompagnement et proposez simplement d’être un·e bon·ne pote hein.


4️⃣ C’est la crise !

Et comme d’habitude, vous me connaissez, on ne va pas regarder que l’individu, ni même que le système relationnel.

Tout ça est toujours à replacer dans le contexte des conditions matérielles qui produisent les individus et les relations en question.

Dans notre cas, cad les pro de l’accompagnement « non-officiels » (coachs, certain·es thérapeutes, énergéticien·nes, naturopathes, sophrologues, etc), nous exerçons dans un champ :

  • peu (voire pas) réglementé
  • économiquement très tendu
  • concurrentiel par le marché
  • et traversé par des injonctions contradictoires

Et sur ce marché ultra saturé et ultra contracté, ces conditions matérielles vont te pousser à :

  • être plus disponible (en inter-séance ou accepter + de monde, réduire les délais, etc)
  • plus flexible (sur les tarifs, la durée, le contenu, etc)
  • plus adaptable comme on dit

Autrement dit : moins structuré·e.

Encore une fois !


👉 Si cette analyse te parle, ​la formation Posture d’accompagnant·e peut t’intéresser 🙂

Cette formation elle existe (depuis des années!) parce que beaucoup d’accompagnant·es veulent profondément bien faire leur travail.

Mais vous exercez dans un milieu flou, peu cadré, sur un marché saturé et anxiogène, qui rend votre posture instable, insécure et insécurisante (surtout si on n’a même pas les bases)

Cette formation ne vous promet pas de la sérénité : elle construit un cadre solide et responsable, à partir duquel la sécurité – pour vous et pour vos bénéficiaires – et donc la sérénité, la confiance, la légitimité peuvent réellement émerger.

👉 Toutes les infos sur la formation Posture d’accompagnant·e sont ici : https://biendanstaboite.fr/programme-posture-d-accompagnant/

(et oui, les ancien·nes peuvent la revoir 👀 car tu gardes accès à la formation même après sa fin, oui oui ! Accès donc à toutes les mises à jour sans repayer)

Bon cheminement, 

Laura

Photo de couverture : Photo de Aleš Čerinsur Unsplash

Laura Besson

Laura Besson est la fondatrice de Bien dans ta Boite où elle accompagne les entrepreneurs à transformer leur quotidien et forme les entrepreneurs de l’accompagnement. Egalement hôte du podcast « Bien dans ta Boite », elle a accompagné plus de 300 entrepreneurs en coaching & thérapie afin qu’ils se transforment, co-construisent avec les Autres et changent le Monde. Convaincue de l’approche systémique et humaniste, Laura met un point d’honneur à accompagner chaque entrepreneur dans sa singularité et sa globalité.

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