Tu crois que poser tes limites, communiquer en Adulte et faire tout bien va changer quelque chose dans le conflit relationnel qui t’enquiquine la vie ? Spoiler : parfois⊠ça ne change rien.
Mais pourquoi donc Laura, dis-nous tout đŠ«
Exemple le plus parlant : le couple hétéro.
Genre, t’as tout bien appris par coeur : communiquer en Adulte, formuler des demandes claires, nĂ©gociables et refusables, repĂ©rer les jeux psychologiques, savoir rĂ©pondre, poser tes limites; bla-bla-blaaaa (parce que t’as suivi âles formations de Bien dans ta Boiteâ donc t’es au taquet tu sais faire toouuuuuut ça) đŹ
C’est dĂ©jĂ ENORME et clairement un travail de plusieurs mois, souvent plusieurs annĂ©es. C’est vraiment Ă©norme, indispensable, essentiel.
MAIS đŹ
Bah oui y’a un mais sinon j’en ferai pas tout un article haha
C’est lĂ que les Romains s’empoignĂšrent comme dit l’autre
Le ver est dans le fruit comme dirait encore un autre
đ Le couple hĂ©tĂ©ro n’est pas un espace de symĂ©trie relationnelle
(et ce n’est pas le seul)
đ Traduction ? Vous n’avez pas le mĂȘme pouvoir dans la relation.
Et lĂ , ta communication en Adulte pourrait finir par se retourner contre toi.
Bienvenue dans ta sĂ©ance de dĂ©conditionnement hebdo đ„°
1ïžâŁ C’est la dialectique qui nous sauvera toustes
Pourquoi je dis ça ?
Karpman a pondu un modĂšle (avec son triangle dramatique + son triangle compassionnel) qui me paraĂźt trĂšs trĂšs intĂ©ressant, c’est pour ça que je l’enseigne autant, notamment âdans le niveau 1 de la formation posture.â
đ Pourquoi ? Car il dĂ©gage 3 grands patterns comportementaux qui sont assez bien dĂ©terminĂ©s et dĂ©terminants.
Le petit hic que je vois, c’est que le triangle de Karpman pris seul, de maniĂšre anhistorique et de maniĂšre dĂ©situĂ© du social, ça peut vite devenir une lecture un peu bateau de la situation.
En clair : exprimer tes besoins, faire des demandes, « mieux » communiquer, etc ; c’est trĂšs bien, c’est indispensable.
MAIS
Ca n’est pas suffisant quand tu es la personne qui a le moins de pouvoir dans la relation.
đ Dans le couple hĂ©tĂ©ro, la plupart du temps, c’est Madame. Et ne pas voir (ou ne pas vouloir voir) l’asymĂ©trie du rapport de forces dans cette relation, ça va te jouer des (trĂšs mauvais) tours
Pourquoi ? Parce que Monsieur a un choix formidable disponible que toi, tu n’as pas ; c’est le choix conservateur.
Celui qui maintient le statu quo relationnel.

TrÚÚÚÚÚÚs souvent, il va l’incarner par la position Victimaire de Karpman (il fuit, il rĂ©pond pas trop, il oublie, il sait pas quoi dire, il se plaint, etc) – tu vois lĂ d’ailleurs comment Karpman vu par « le social » ça change la donne đ la position Victimaire qu’on voit souvent (et qu’on apprend!) comme une position passive, impuissante (ce qui n’est pas faux) peut aussi ĂȘtre une position de pouvoir de celui/celle qui a le choix de ne pas en faire.
Revenons Ă nos moutons :
- Monsieur fait des choix conservateurs à répétition
- MĂȘme si Madame s’en accommode tant bien que mal, il va venir un moment oĂč la situation va ĂȘtre intenable pour elle (tu constateras que c’est souvent un moment oĂč elle peut reprendre du pouvoirdans la relation qui va lui permettre de la rompre d’ailleurs)
Mais pourquoi ça dégénÚre si la situation est « en mode conservation » ?
Parce qu’il ne faut pas ĂȘtre anhistorique !
Notre frise du temps allant de gauche à droite, ce qui était une position conservatrice à un moment T, est devenue une position complÚtement réactionnaire à T+3
2ïžâŁ Il faut crĂ©er les situations du choix
Ca veut dire qu’il faut crĂ©er les conditions oĂč le choix conservateur n’est pas disponible.
Une Ă©tape indispensable pour y parvenir c’est de pouvoir poser tes fameuses limites.
C’est pour ça que j’ai rappelĂ© que c’Ă©tait indispensable.
Pourquoi ? Car les limites, on ne les pose pas aux autres, on se les pose Ă soi.
Quand tu dis Ă ton partenaire (amoureux, pro, amical, etc) :
- Si il se (re)passe ça, je quitterais la relation
- Tu informes l’autre
- Mais c’est surtout Ă toi que tu poses une limite (si ça recommence, je m’en vais)
En faisant ça, tu supprimes le choix conservateur (en tous cas, il devient trÚs trÚs vite un choix réactionnaire)
Illustration :
- Madame dit Ă Monsieur « Si nous ne trouvons pas un terrain d’entente Ă©quitable concernant la rĂ©partition des tĂąches mĂ©nagĂšres d’ici la fin du trimestre, je ne continuerais pas cette relation car je la trouve injuste et inĂ©gale pour moi »
- Quels sont les options de Monsieur ?
- Choix progressiste : Ok, tu as raison, ce n’est pas Ă©quitable pour toi et ce n’est pas ma vision d’un couple ; trouvons une solution ensemble (et il s’y met vraiment)
- Choix rĂ©actionnaire : Puisque c’est comme ça, c’est moi qui arrĂȘte la relation (ou sa version plus victimaire « tu vois bien ça marchera jamais, quoi que je fasse tu n’es pas contente, tu finiras par me quitter donc prems’ !)
- Choix conservateur : il est devenu trÚs compliqué car
- RĂ©pondre « D’accord mais je ne sais pas quoi faire » đ retour case dĂ©part, je te parle justement pour qu’on trouve une solution
- RĂ©pondre « Euh ouais d’accord on verra plus tard » đ mon coco, je crois que y’a pas de plus tard lĂ , elle t’a donnĂ© un timing (= il n’y a plus beaucoup d’espace entre ce choix conservateur et le choix rĂ©actionnaire)
- RĂ©pondre « Ah bon mais je comprends pas, je fais tout pour trouver une solution mais c’est toi, t’es jamais contente » (sans rompre) đ On s’approche dangereusement du gaslight et donc du choix rĂ©actionnaire
Bon, t’as compris l’idĂ©e !
Poser des limites c’est in-dis-pen-sable, surtout quand elles confisquent l’option conservatrice afin que la relation, au lieu de s’embourber dans un statut quo qui va te faire souffrir toi,
se dirige vers un choix clair
(A condition de TENIR cette limite envers toi-mĂȘme haha, ce qui est encore un autre sujet)
3ïžâŁ Les jeux psychologiques peuvent ĂȘtre lus complĂštement diffĂ©remment
Si on a en tĂȘte les rapports de pouvoir/force qui ont lieu dans la relation (et de ceux qui n’existent pas aussi hein), on peut voir les choses avec plus de finesse
Exemple 1 : la position Victimaire qui sert une position de pouvoir
Je l’ai dĂ©jĂ Ă©voquĂ© donc je passe vite mais la position Victimaire PEUT (ce n’est pas toujours le cas) devenir un instrument de maintien de la domination. Elle peut permettre de ne pas se repositionner, tout en laissant lâautre porter la responsabilitĂ©
Exemple 2 : la position de Sauveur comme stratégie de survie
En rÚgle générale, le Sauveur est une position ascendante. Sur-plombante, dominante.
Mais on voit souvent la personne dominée dans le lien utiliser la position de Sauveur pour éviter le conflit et/ou maintenir le lien à tout prix (car si elle perd la relation, elle est dans la mierda).
Chose qu’on voit trĂšs souvent dans le couple, mais qu’on voit souvent en famille (notamment chez les enfants parentifié·es) et dans les relations pro
Exemple 3 : la position de Persécuteur occupée par la personne à bout de forces
LĂ aussi, le PersĂ©cuteur, miroir de la position de Sauveur, est lui aussi une position haute et dominante. C’est la position qui critique, attaque, disqualifie, contrĂŽle, etc.
Maiiiiiiis, on peut voir la personne dominée dans le rapport de forces aller en Persécuteur, non pas par excÚs de pouvoir, mais par épuisement et impasse structurelle.
L’exemple typique c’est Monsieur qui fait n’importe quoi quand on lui demande de faire quelque chose Ă la maison (stratĂ©gie d’incompĂ©tence) et Madame qui, petit Ă petit, Ă bout de nerfs, va tenter toutes les stratĂ©gies possibles pour empĂȘcher le choix conservateur mais qui n’ayant pas le pouvoir, va se heurter Ă une position Victimaire qui ne bouge pas.
Photo de couverture : Photo de Vitaly Gariev sur Unsplash
