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👉 C’est pas faux … mais c’est pas complet

12 minutes de lecture

Cette phrase, je l’ai entendue rĂ©cemment dans la bouche du thĂ©rapeute Thomas d’Ansembourg. Je ne sais pas si d’Ansembourg s’intĂ©resse Ă  la dialectique mais si ce n’est pas le cas, il a accidentellement dit un truc trĂšs juste qui va nous servir aujourd’hui ! 

Il prend l’exemple d’une femme qui dirait en sĂ©ance : « Mon mari ne m’écoute pas »

Et il répond :

👉 « C’est pas faux
 mais c’est pas complet »

VoilĂ  de quoi illustrer la dialectique en psycho de couple (des relations au sens large)

Parce que oui : ce qu’elle dit n’est pas faux. Mais pris tel quel, ce n’est pas suffisant pour comprendre ce qui se joue. Et donc
 ce n’est pas suffisant pour transformer quoi que ce soit.

Bienvenue dans ta sĂ©ance de dĂ©conditionnement hebdo đŸ„°


1ïžâƒŁ « C’est pas faux » : le niveau descriptif (et piĂ©gĂ©)

Dans la plupart des situations de souffrance, ce que la personne dit est vrai. Ou en tout cas : partiellement vrai. Comme je le dis tout le temps aux pros de l’accompagnement â€‹en formation​ : nous, accompagnant·es, nous ne sommes pas juges d’application des peines : si c’est un problĂšme pour nos bĂ©nĂ©ficiaires, c’est un problĂšme pour nous. Point. 

  • « Mon mari ne m’écoute pas »
  • « Mes client·es ne respectent pas mes limites »
  • « Le marchĂ© est saturé » (alors ça, c’est l’exemple que j’ai pris dans le podcast du jour parce que c’est vraiment pas faux mais vraiment pas complet 😂)

👉 Ce sont des constats phĂ©nomĂ©nologiques. Des descriptions de ce qui est vĂ©cu.

Mais une description n’est pas une explication. Et encore moins une comprĂ©hension structurelle. Si on s’arrĂȘte au constat, on n’a pas dit grand chose (formule polie pour dire qu’on n’a rien dit du tout)

2ïžâƒŁ « Mais c’est pas complet » : lĂ  oĂč commence la dialectique

La dialectique nous permet de ne pas penser la situation de maniĂšre unilatĂ©rale. C’est ça qui nous permet de ne pas faire du mĂȘme Ă  l’envers comme je dis souvent â€‹en formation​.

☝ Attention, il ne s’agit pas juste de dire « toutes les histoires ont 2 versions » : ça revient Ă  comparer 2 visions unilatĂ©rales de la situation.

Non, le travail systĂ©mique c’est de voir quelle est la structure, le systĂšme, le lien – la dialectique ; qui englobe les deux en mĂȘme temps, au mĂȘme endroit.

Parce que dans une perspective dialectique et systĂ©mique, un phĂ©nomĂšne n’existe jamais isolĂ©ment.

Reprenons madame qui dit « mon mari ne m’écoute pas » : les questions inconsĂ©quentes sont :

  • a-t-elle raison ?
  • est-ce sa faute ?
  • est-il un mauvais mari ?

Que va-t-on obtenir de ce type de questions ? Rien. Rien de transformateur.

En revanche, se demander : 

👉 Dans quel systĂšme relationnel cette non-Ă©coute prend-elle sens ?

👉 Quelle fonction elle remplit ?

👉 Qu’est-ce qu’elle rĂ©gule ?

👉 Quelles conditions matĂ©rielles, relationnelles, symboliques la rendent possible et reproductible ?

Autrement dit : on ne cherche pas un coupable. On cherche une logique, une dynamique. Et lĂ , on change de niveau !

NB : Je suis partie lĂ  de l’exemple de d’Ansembourg -donc du couple- mais ça fonctionne pour tout le reste comme le fameux « le marchĂ© est saturé » : c’est pas faux mais c’est pas complet. De quel marchĂ© parle-t-on ? Dans quel systĂšme de distribution et de production existe-il ? Quelle fonction remplit cette saturation ? Quelles conditions sont nĂ©cessaires Ă  la saturation ou Ă  la dĂ©saturation ? VoilĂ  qui est plus fĂ©cond. 


3ïžâƒŁ Dialectique 101 : une vĂ©ritĂ© partielle peut devenir un obstacle

En systĂ©mique, on doit garder un principe en tĂȘte : on ne prend pas la partie pour le tout đŸšš C’est un principe fondamental (que tu peux retrouver chez Marx avec le concept de la fausse conscience par exemple pour donner un exemple non-psycho)

C’est un principe fondamental, trĂšs difficile Ă  mettre en pratique, qui demande de l’assiduitĂ© et de la pratique. Car nous sommes trÚÚÚÚÚs habituĂ©s Ă  le faire au quotidien, n’est-ce pas ? C’est lui qui/C’est moi que/C’est Ă  cause d’elle que/C’est grĂące Ă  ça que … Prendre la partie pour le tout. 

Le problĂšme c’est que Ă§a fige le rĂ©el au lieu de le mettre en mouvement.

Dire « mon mari ne m’écoute pas » va finir par devenir – ou est dĂ©jĂ  :

  • Une construction du monde (On ne m’Ă©coute jamais)
  • Une causalitĂ© simpliste (s’il changeait, tout irait mieux)
  • Une stratĂ©gie implicite (se plaindre, attaquer, se retirer) qui vient souvent rĂ©guler la dette dans le couple – et donc le problĂšme n’est pas tant l’Ă©coute que l’endettement
  • Etc

👉 En faisant ça, la contradiction rĂ©elle du systĂšme, elle, reste intacte. Or un systĂšme ne se transforme pas tant que sa contradiction organisatrice n’est pas mise en lumiĂšre.

définir son cadre d'intervention

4ïžâƒŁ SystĂ©mique : un symptĂŽme est toujours une rĂ©ponse

Autre principe fondamental de systĂ©mique : un comportement n’est jamais juste un problĂšme. C’est toujours une solution Ă  autre chose.

Donc si son mari « n’écoute pas », il faut se demander :

  • Qu’est-ce que cette non-Ă©coute permet d’éviter ?
  • Qu’est-ce qu’elle maintient comme Ă©quilibre ?
  • À quoi elle rĂ©pond dans la dynamique du couple ?
  • Quelle dynamique relationnelle est en train de se rejouer ?

Et surtout :

👉 quelle est la part active de chaque membre du systĂšme dans la rĂ©pĂ©tition de cette situation ?

Encore une fois, ce n’est pas une question morale. C’est une question structurelle.


5ïžâƒŁ Relier les diffĂ©rentes lectures

LĂ  oĂč ça devient vraiment intĂ©ressant, c’est quand on ne psychologise pas le problĂšme hors sol.

On mixe la lecture systĂ©mique et le matĂ©rialisme dialectique. C’est ce qu’on apprend Ă  faire dans mes formations (notamment dans les â€‹niveau 2​ et â€‹niveau 3​ de la formation)

Parce que « il ne m’écoute pas » peut aussi ĂȘtre liĂ© Ă  :

  • une division du travail inĂ©galitaire
  • des conditions matĂ©rielles d’épuisement
  • une organisation familiale qui ne laisse aucun espace de disponibilitĂ©
  • un rapport au pouvoir genrĂ© et socialement construit

👉 La relation n’est jamais indĂ©pendante de ses conditions matĂ©rielles d’existence.

Et tant qu’on ne relie pas toutes ces dimensions, on produit des analyses incomplĂštes … et des solutions inefficaces.

Je te propose une analyse concrĂšte pour illustrer tout ce qu’on vient de voir


6ïžâƒŁ Exemple d’analyse complĂšte : « Il ne m’écoute pas »

Prenons le couple fictif emmenĂ© par d’Ansembourg et on va inventer autour car on n’a pas assez de donnĂ©es :

👉 Claire et Julien, ensemble depuis 12 ans. Ils viennent te voir et Claire dit en sĂ©ance : « Il ne m’écoute pas. Je parle, et il est ailleurs »

a) Le niveau descriptif (ce qui est dit)

Factuellement :

  • Julien reconnait qu’il coupe la conversation, il regarde son tĂ©lĂ©phone, il rĂ©pond peu ou Ă  cĂŽtĂ© 👉 Donc il m’Ă©coute pas, c’est pas faux.

Mais on n’a encore rien compris.


b) Les constructions du monde

Construction du monde de Claire : đŸ‘‰ « Je ne suis pas importante »

Traduction relationnelle :

  • si je compte, on m’écoute/si on ne m’écoute pas, c’est que je ne compte pas
  • pour exister, je dois parler, expliquer, argumenter, me justifier

La non-Ă©coute de Julien confirme sa construction du monde.

Construction du monde de Julien : đŸ‘‰ « Je ne suis pas Ă  la hauteur »

Traduction relationnelle :

  • quand on attend quelque chose de moi, je risque d’échouer
  • si je parle sans solution, je suis nul : mieux vaut se taire que mal faire

Face aux Ă©motions de Claire, Julien se sent impuissant, incapable de rĂ©pondre « correctement » et donc … se tait


c) La dynamique relationnelle (lecture systémique)

À partir de là, la boucle est parfaitement logique :

  1. Claire parle → pour ĂȘtre vue, entendue, reconnue
  2. Julien se sent dĂ©passĂ© → il ne voit pas de solution immĂ©diate
  3. Il se tait → pour Ă©viter le conflit et l’échec
  4. Claire se sent encore moins importante → elle parle davantage
  5. Julien se sent encore plus à la hauteur de rien → il se retire encore plus

👉 Pour Claire : elle essaie de crĂ©er du lien 

👉 Pour Julien : il vit une mise en Ă©chec permanente

Résultat :

  • plus Claire insiste → plus Julien se retire
  • plus Julien se retire → plus Claire parle fort/rĂ©pĂšte/reproche

On a une boucle de rĂ©troaction circulaire classique. Julien se valide sa construction du monde en se confirmant tout seul qu’il n’est pas Ă  la hauteur. Claire renforce la sienne car elle continue Ă  faire + de la mĂȘme chose et obtient + de ce qu’elle ne veut pas obtenir.


d) RĂšgles implicites, rĂšgles explicites et conditions de production du symptĂŽme

Une des rĂšgles -implicites mais existantes- de ce couple est :

  • Celui qui se tait a tort

👉 Ces rĂšgles ne sont jamais formulĂ©es explicitement mais elles organisent concrĂštement les interactions.

La non-Ă©coute de Julien n’est donc pas un bug du systĂšme. C’est une conduite conforme aux rĂšgles implicites du couple.


  • RĂ©sonances familiales et loyautĂ©s invisibles
    • Chez Claire : parent peu prĂ©sent Ă©motionnellement, vĂ©cu abandonnique
    • Chez Julien : parent autoritaire, voire disqualifiant, vĂ©cu intrusif

👉 Plus il se tait, plus elle se sent abandonnĂ©e

👉 Plus elle parle, plus il se sent intrusĂ©.

  • Conditions matĂ©rielles et sociales de production du symptĂŽme : Si on s’arrĂȘte lĂ , on psychologise hors sol. Dans une sociĂ©tĂ© patriarcale :
    • Claire a Ă©tĂ© socialisĂ©e Ă  verbaliser, s’adapter, porter le lien, tolĂ©rer la domination relationnelle
    • Julien a Ă©tĂ© socialisĂ© Ă  se taire sur ses vĂ©cus internes, chercher des solutions plutĂŽt que nommer des Ă©motions, confondre vulnĂ©rabilitĂ© et faiblesse

👉 La parole devient un lieu de pouvoir et de disqualification


e) Lecture dialectique complÚte : dépasser la contradiction

Si on met tout ensemble, la contradiction centrale du systĂšme est la suivante :

  • Claire vit la parole comme une lutte contre l’abandon
  • Julien vit la parole comme une menace d’intrusion et d’échec

Et tant que cette contradiction n’est pas pensĂ©e comme telle, chacun reste enfermĂ© dans sa position.

Le dépassement dialectique ne consiste ni à :

  • faire taire Claire
  • forcer Julien Ă  parler

Ce serait simplement inverser la domination, pas la dĂ©passer. Faire du mĂȘme Ă  l’envers. On pourrait formuler le dĂ©passement dialectique comme ça :

CrĂ©er un espace relationnel oĂč la parole n’est ni une intrusion, ni une demande de rĂ©paration, mais un acte co-rĂ©gulĂ©.

Exemples d’actions qu’on pourrait faire bosser en inter-sĂ©ance : 

  • CrĂ©er un cadre explicite de parole (ex : on en discute 20 min et on s’arrĂȘte, mĂȘme si tout n’est pas dit)
  • Formuler les besoins implicites (Claire pourrait formuler qu’elle ne cherche pas de solution mais a besoin d’ĂȘtre Ă©coutĂ©e attentivement sans obtenir forcĂ©ment de rĂ©ponse et en demandant Ă  son mari quand est-ce qu’il serait disponible pour ça pour ne pas activer le vĂ©cu intrusif)
  • Enclencher une mĂ©ta-communication : parler de ce qui se joue et pas du contenu (et donc qu’ils se placent en Ă©quipe face Ă  la boucle, pas qu’elle tourne entre eux)
  • Introduire un tiers pour que Claire puisse exister sans que Julien se sente intrusĂ© (thĂ©rapie ou Ă©crire dans un carnet avant la discussion par exemple)
  • Etc

Bref, t’as compris, il faut changer le cadre et ses rĂšgles. C’est ce qu’on appelle des changements de niveau 2 chez Reynaldo Perrone. 

Et c’est exactement pour ça que 👉 c’est pas faux
 mais c’est pas complet est une phrase radicalement transformatrice.


Si ce que tu viens de lire te parle, c’est sans doute parce que tu sens bien que :

  • le problĂšme n’est pas la personne, ni mĂȘme l’autre,
  • mais le systĂšme dans lequel ça se rejoue.

Si tu veux savoir faire ça, c’est exactement l’objet de la â€‹formation de niveau 2 : Accompagner avec une vision systĂ©mique​

Un programme conçu pour les pros de l’accompagnement qui veulent :

  • Lire les situations d’accompagnement comme des systĂšmes, et non comme des problĂšmes individuels
  • Identifier ce qui relĂšve des rapports familiaux, conjugaux, professionnels et sociaux dans ce qui est amenĂ© en sĂ©ance
  • Cesser d’individualiser des enjeux qui sont structurels, relationnels ou politiques
  • Articuler le vĂ©cu singulier du bĂ©nĂ©ficiaire avec les conditions matĂ©rielles et sociales qui le traversent
  • Tenir une posture d’accompagnement situĂ©e, sans neutralitĂ© illusoire

👉 Un programme oĂč l’on mĂȘle psychologie, accompagnement, sociologie et sciences politiques

👉 Un programme introuvable ailleurs 😬

📌 Programme limitĂ© Ă  12 places

📅 Une promo par an (prochaine : FĂ©vrier 2027)

Si tu veux arrĂȘter de bricoler des rĂ©ponses individuelles Ă  des problĂšmes systĂ©miques et accompagner des transformations rĂ©elles :

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Bon cheminement, 

Laura

Photo de couverture : Photo de Tania Melnyczuk sur Unsplash

Laura Besson

Laura Besson est la fondatrice de Bien dans ta Boite oĂč elle accompagne les entrepreneurs Ă  transformer leur quotidien et forme les entrepreneurs de l’accompagnement. Egalement hĂŽte du podcast « Bien dans ta Boite », elle a accompagnĂ© plus de 300 entrepreneurs en coaching & thĂ©rapie afin qu’ils se transforment, co-construisent avec les Autres et changent le Monde. Convaincue de l’approche systĂ©mique et humaniste, Laura met un point d’honneur Ă  accompagner chaque entrepreneur dans sa singularitĂ© et sa globalitĂ©.

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